02.08.2008
Ciel de Cendres

Maud Tabachnik a le chic pour entrainer son lecteur au plus profond de la noirceur, de le plonger dans une sorte de torpeur, comme un lapin serait tétanisé par les phares d'une voiture, tout en sachant parfaitement quelle sera l'issue de l'histoire : elle sera plus sombre encore.
Sson son dernier livre : Ciel de Cendres donne des frissons dans le dos. Vous souvenez vous de ce que vous faisiez le 26 avril 1986 ? Si vous étiez nés, vous devriez, c'est le jour de l'explosion de la centrale nucléaire Lenine de Tchernobyl, celle qui a provoqué le fameux nuage qui s'arrêtait aux frontières. C'est là que se dénouera ce livre qui met en scène les trajectoires de trois personnages :
- Vladimir, fils d'un tueur politique de Kharkov, deviendra malgré lui mafieux et criminel.
- Charles, petit-fils de juifs déportés, devenu grand reporter, retrouvera son identité dans les sables du Sinaï puis près de Tchernobyl
- fils de kolkhozien brutal, Yvan, qui parle aux arbres et aux oiseaux choisira la nature contre la violence des hommes.
Ces trois hommes, tous trois enfants d'une guerre froide théoriquement terminée, vont devoir faire face au plus grand bouleversement du XXème siècle, chacun à sa façon. Chacun comme il le peut.
Un roman à se procurer et à dévorer à tout prix, si ce n'est pas encore fait.
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26.07.2008
Izzo
Voici une trilogie que j'aime entre toutes, elle est signée par Jean-Claude Izzo et met en scène le commissaire Fabio Montale. Constituée de Total Kheops, Chourmo et Solea, ce portrait noir de Marseille nous entraine dans la fange, dans les intrigues politico-judiciaires, dans la mafia, du Panier à l'Estaque, des quartiers nords au Vieux Port.
Fabio aime la poésie, la pêche, le bon vin et surtout coffrer les bandits. Mais il cache un lourd secret, elui d'avoir dans sa jeunesse braqué une pharmacie. Ses complices de l'époque, liés par une amitié indéfectible, meurent de façon étrange. Voilà qui l'entraînera sur des sentiers bien escarpés entre margoulins qui veulent transformer le Panier en quartier de luxe, flics pourris, journalistes casse-cou.
Une enquête dont le personnage principal est Marseille. Une ville colorée, vivante, mouvante, étrange. Une ville attirante mais dangereuse ou les conflits se règlent souvent à coup de P38.
Et puis il y a l'écriture de Jean-Claude Izzo. Une langue descriptive, noyée de soleil. Une écriture marseillaise, elle aussi;
Trois romans aussi noirs que le marc de café au fond de la tasse, trois romans que le soleil de Marseille n'arrive pas à rendre moins amères. Une critique sociale sur fonds d'enquête policière parfois un peu limite. Car Fabio Montale est prêt à pas mal de chose pour découvrir qui a tué ses anciens amis.
Je les connais presque par coeur mais d'en parler me donne envie de les relire. C'est ce que je vais faire. Le week end devrait y suffire.
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24.07.2008
Les lettres...

Eh oui, les Lettres de mon moulin ! Depuis tout petit, je garde dans mon coeur et dans mon esprit ces lettres magiques qui sentent bon la garrigue, le thym, le serpolet, la poussière de farine, l'assent du soleilleu* et le pastis.
"Ce sont les lapins qui ont été étonnés... Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des lapins... La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune..."
Je crois que plus que tout, ce livre a le parfum de l'enfance, d'une enfance heureuse et insouciante à laquelle j'aspire de retourner. Cette part de bonheur mise en mots par Alphonse Daudet dans la chaleur Provençale.
Ce sont des histoires simples que Daudet nous propose mais elles font partie du patrimoine, de l'inconscient collectif des français. Qui ne connait pas La chèvre de Monsieur Seguin ou La mule du pape ? Et pourtant, nous nous sommes éloignés du texte originel, de cette langue si belle et fleurie ! Nous avons gardé les anecdotes pour oublier les paysages, les gens.
J'en suis à mon quantième exemplaire des lettres; à force de les traîner toujours avec moi, de les ouvrir, de les feuilleter, m'imprégner de certains passages, j'en rachète un régulièrement. Mais je pourrais m'en passer, je le connais quasiment par coeur. Celui que j'aime par dessus tout, c'est Les étoiles (sous-titré le récit d'un berger provençal). C'est sans doute l'une des lettres les moins connues et pourtant la plus belle...
Oh oui, encore une part d'enfance, s'il vous plait, Monsieur daudet.
Et vous, avez-vous un livre de chevet ?
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La malédiction d'Anaon
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22.07.2008
Il a changé ma vie

Il y a de cela un peu moins de deux ans maintenant, celle dont j'aurais aimé qu'elle fut la femme de ma vie* m'a offert ce livre que je ne me lasse pas de relire, entièrement ou par petits bouts. Le bouche à oreille en a fait un des best sellers de la décénnie. Si vous ne l'avez pas encore lu et que votre vie vous paraît triste, offrez-vous le, c'est bien mieux que du prozac - il devrait être remboursé par la Sécurité Sociale. Mais mieux que de longs discours, voici la quatrième de couverture et un extrait qui devraient assez vous donner envie de le lire.
"Je m'appelle Renée,j'ai 54 ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette,j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.' 'Je m'appelle Paloma,j'ai douze ans,j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça quej'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.'"
"Dans l'imaginaire collectif, le couple de concierges, duo fusionnel composé d'entités tellement insignifiantes que seule leur union les révèle, possède presque à coup sûr un caniche. Comme chacun sait, les caniches sont des genres de chiens frisés détenus par des retraités poujadistes, des dames très seules qui font un report d'affection ou des concierges d'immeuble tapis dans leurs loges obscures. Ils peuvent être noirs ou abricot. Les abricots sont plus teigneux que les noirs, qui sentent moins bons. Tous les caniches aboient hargneusement à la moindre occasion mais spécialement quand il ne se passe rien. Ils suivent leur maître en trottinant sur quatre pattes figées sans bouger le reste de leurs petits troncs de saucisse. Surtout, ils ont des petits yeux noirs et fielleux, enfoncés dans des orbites insignifiantes. Les caniches sont laids et bêtes, soumis et vantards. Ce sont les caniches."
Il y a des livres comme ça qui, mine de rien, changent votre vie. Celui-ci a changé la mienne, sans que je m'en rende vraiment compte, petit à petit. Sa lecture est jubilatoire d'un bout à l'autre et si par le plus grand des hasards vous ne l'aviez pas lu... précipitez-vous.
Et vous, un livre a-t-il changé votre vie, un jour ?
Muriel Barbery
L'elégance du hérisson
Gallimard
* elle ne l'est jamais devenue mais elle reste l'une des plus belles choses de ma vie et mon amour pour elle est intact. Les choses peuvent être étranges, parfois, n'est-ce pas ?
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21.07.2008
Un lieu incertain
Parfois, on reste muet devant le talent. Que dire du nouvel opus de Fred Vargas ? Qu'elle a frappé aussi fort que dans tous ses autres livres ? Que son écriture est toujours aussi fluide et qu'on pourrait penser que c'est elle et non son héro qui pellette les nuages ?
Ce qui est certain, c'est que le commissaire Adamsberg a le chic pour se retrouver dans des situations bien étranges. Ici, il se retrouve face à des chaussures alignée en face d'un cimetière de Londres. Chaussures qui ont la particularité de contenir les pieds qu'elles ont habillés, lesquels sont séparés de leurs corps. Outre Londres, son enquète mènera Adamsberg en Serbie, à la recherche d'un fils putatif et d'un ancêtre de son second. Elle mènera surtout le commissaire,couvert par un Danglard amoureux, en dehors des sentiers battus et un peu hors limite.
Un extrait ?
"Admsberg s'assit dans l'herbe tiède et ôta patiemment la mousse qui recouvrait la stèle grise, s'aidant de lames d'écorce et de petits bâtons. Il s'absorba avec plaisir dans sa tâche pendant une heure, grattant doucement la pierre avec ses ongles, passant une brindille plus fine dans le creux des lettres. A mesure qu'il dégageait l'inscription, il comprenait que lescaractères lui étaient étrangers, et que la longue phrase était inscrite en cyrillique. Seuls les quatre derniers mots étaient en lettres romaines. Il se redressa, frotta une dernière fois la pierre de sa main, et se recula d'un pas pour lire.
Plog, aurait dit Vladislav, ce qui, dans ce cas, aurait signifié "touché", "trouvé". D'une manière ou d'une autre, il l'aurait découverte. Aujourd' hui ou demain, ses pas l'auraient mené ici, il se serait assis face à cette pierre, devant la racine de Kisilova."
Un avertissement tout de même : prévoyez d'avoir assez de temps devant vous avant d'ouvrir ce livre car il se referme très difficilement et vous risquez d'en oublier tout le reste.
Edit : Je suis volontairement resté vague sur le sujet du livre car le dévoiler reviendrait à déflorer le suspens. Mieux vaut que vous le découvriez par vous-même.
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19.07.2008
Le coupeur de roseaux
Junichirô Tanizaki est, étrangement, presque plus connu en France qu'au Japon puisque ses nouvelles ont été publiée à la Pléiade. Et quelles nouvelles, elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Mais si je devais n'en choisir qu'une, ce serait celle-ci, Le coupeur de roseaux.
Sur 119 pages, l'auteur racontre l'étrange rencontre au bord d'un fleuve entre un promeneur venu admirer le reflet de la pleine lune sur l'eau et un vieux coupeur de roseau. Celui-ci, partageant une flasque de saké, racontera l'histoire de son père et de la belle O-Yû, perverse et inaccessible. Ou trop accessible ? Comment ce roturier peut-t-il espérer épouser celle qu'il aime puisqu'il n'est pas de son monde et que les relations sociales sont extrêmement règlementées dans la société japonaise d'avant guerre ? Loin d'être un roman à l'eau de rose racontant un banale histoire d'amour, Le coupeur de roseaux introspecte la société japonaise sur fond de haïku et d'autres poèmes japonais.
L'écriture est magnifiquement fine, rapide et légère comme le poignet d'un calligraphe au moment ou son pinceau va se poser sur le rouleau de roseau. Il s'en dégage une poésie douce et nostalgique et une grande volupté. Un avertissement, malgré tout : cette lecture donne immédiatement envie de lire les autres oeuvres de Tanizaki. Fort heureusement, ses nouvelles existent dans la collection Folio à 2 €uros pièce.
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