18.08.2008

Louise Labbé - Cinquième sonnet

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Claire Vénus, qui erres par les Cieux,

Entends ma voix qui en plaints chantera,

Tant que ta face au haut du ciel luira,

Son long travail et soucis ennuyeux.

 

Mon oeil veillant s'attendrira bien mieux,

Et plus de pleurs te voyant jettera.

Mieux mon lit mol de larmes baignera,

De ses travaux voyant témoins tes yeux.

 

Donc les humains sont les lassés d'esprit

De doux repos et de sommeil épris.

J'endure mal tant que le soleil luit;

 

Et quand je suis quasi toute cassée,

Et que je me suis mise en mon lit lassée,

Crier il me fau mon mal toute la nuit.

 

 

 

Louise Labbé - Cinquième sonnet

In Sonnets et élégies

 .




Illustration ; Le Titien - Vénus d'Urbino

17.08.2008

Mahmoud Darwish

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Mahmoud Darwish - Ô Hélène, quelle pluie

In Pourquoi as-tu laissé le cheval tout seul

 

Le mardi, j’ai rencontré Hélène
A quinze heures
A l’heure de l’ennui infini,
Mais le tintement de la pluie
Avec une femme comme Hélène
Est un chant de voyage

Pluie,
Quelle nostalgie…nostalgie du ciel
Au ciel !
Pluie,
Quel gémissement….gémissement des loups
Pour leur espèce !

Il pleut sur le toit de la sécheresse,
Sécheresse dorée dans les icônes des églises,
A quelle distance la terre est-elle loin de moi ?
Et l’amour de toi ?
Dit l’étranger à la vendeuse de pain, Hélène,
Dans une rue étroite comme ses chaussettes,
-Pas plus d’un mot….et pluie !
Pluie affamée d’arbres…
Pluie affamée de pierres…

Et l’étranger qui poursuit :
Hélène, Hélène ! Est-ce que l’odeur de pain
Monte maintenant
De toi, vers une fenêtre
Dans un pays lointain …
Pour répéter les paroles d’Homère ?
Est-ce que l’eau jaillit de tes épaules
Vers des arbres séchés dans un poème 
Et Hélène de lui répondre :
Ô quelle pluie !
Ô quelle pluie !

L’étranger lui dit alors :
Me faut Narcisse pour que je puisse regarder
L’eau, la tienne
Regarder mon corps.
Regarde
Ô toi Hélène,
Dans l’eau de nos rêves tu trouveras
Les morts sur tes rivages qui chantent pour
Ton nom :
Hélène …Hélène !  Ne nous laisse pas 
Seuls comme la lune

Ô quelle pluie !
Ô quelle pluie !

Et l’étranger qui poursuit :
J’ai déjà fait la guerre
Sous tes ordres,
Et tu n’es pas innocente de mon sang asiatique.
Et tu ne seras jamais innocente
D’un sang
Caché dans les veines de tes roses .Hélène
Qu’il étaient durs les grecs d’autan !
Et qu’il était morose, Ulysse, cet amoureux
De voyages
Qui cherchait sa légende
Dans les pèlerinages !

J’ai révélé ce que je lui ai tue
Et ce que j’ai dit je l’ai caché
A Hélène.
Mais elle sait ce que l’étranger ne peut dire …
Et sait ce qu’il chuchote à l’odeur
Qui se brise sous la pluie.
Elle lui dit  enfin :
La guerre de Troie n’a eu lieu
Jamais !

Ô quelle pluie !
Ô quelle pluie !

 

 

S'il esiste un paradis pour les poêtes, nul doute que Mahmoud Darwish y a trouvé sa place.

09.08.2008

Les passantes

 

Pourquoi cette chanson ce matin me hante-t-elle ? Peu importe, elle est belle et en voici les paroles.

 

Les Passantes

 

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

 

Paroles d'Antoine Pol

03.08.2008

Ne doute jamais...

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"Doute que les astres soient de flammes, doute que le soleil tourne, doute que la vérité soit la vérité, mais ne doute jamais de mon amour."

 

Du Hamlet de Shakespeare, plus que le (trop) célèbre "Hêtre ou peuplier", c'est cette citation que je conserve toujours dans un coin de mon esprit et que je destine à quelqu'un de très particulier. Très particulier.

 

 

29.07.2008

Bashô

Dans mon coeur, bien des choses...
Qu'elles aillent au gré
Des mouvements du saule.
 
Bashô
 
 
 
 
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26.07.2008

Escale portugaise

Jules Supervielle - L'escale portugaise

 

 

L'escale fait sécher ses blancheurs aux terrasses

Où le vent s'évertue.

Les maisons roses au soleil qui les enlace

Sentent l'algue et la rue.

 

Les femmes de la mer, des paniers de poisson

Irisés sur la tête,

Exposent au soleil bruyant de la saison

La sous-marine fête.

 

 Le feuillage strident a débordé le vert

Sous la crue lumière.

Les roses prisonnières

Ont fait irruption par les grilles de fer.

 

Le plaisir matinal des boutiques ouvertes

Au maritime été

Et des fenêtre vertes

Qui se livrent au ciel, les volets écartés.

 

S'écoule vers la Place ou stagnent les passants

Jusqu'à ce que soit ronde

L'ombre des orangers qui dissimule un cadran

Ou le doux midi grogne.

                   


 

 

 

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25.07.2008

Artémis

Gérard de Nerval - Artémis

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La Treizième revient... C'est encor la première ;
Et c'est toujours la Seule, - ou c'est le seul moment :
Car es-tu Reine, ô Toi! la première ou dernière ?
Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ? ...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :
C'est la Mort - ou la Morte... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule,
As-tu trouvé ta Croix dans le désert des cieux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos Dieux,
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
- La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !


 

24.07.2008

Sapho - Hymne à Aphrodite

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Royale et immortelle Aphrodite,
fille de Zeus, pleine de ruses, je t'en supplie,
ne soumets pas mon âme aux dédains
ni aux chagrins.

Viens ! Jadis, entendant ma voix au loin,
tu m'avais écoutée
et laissant là le palais doré de ton père,
tu étais venue.

Battant des ailes et fendant le ciel,
les rapides colombes attelées à ton char
te menaient autour
de la sombre terre.

Et déjà tu étais là, ma déesse, le visage
souriant, soucieuse de la pensée et du désir
de l'âme insensée
qui t avait appelée.

Qui dois-je persuader de t’aimer encore,
ma Sappho? Qui t'a blessée?

Si elle te fuit, elle courra bientôt toi.
Si elle refuse tes cadeaux, elle t'en offrira bientôt.
Si elle ne t’aime pas; elle t'aimera bientôt,
même sans l’avoir voulu.

Cette fois encore, viens à moi, délivre-moi de mes peines,
exauce les souhaits de mon cœur.
Sois mon alliée.
 
 
 
Quelle merveille que cette élégie de Sapho dédiée à Aphrodite. Aucun doute, les femmes viennent de Vénus ;-)

20.07.2008

Les Djiins

Victor Hugo - Les Djinns

Extrait des Orientales

 

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Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit.

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche,
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tonne et qui roule
Et tantôt s'écroule
Et tantôt grandit.

Dieu! La voix sépulcrale
Des Djinns!... - Quel bruit ils font!
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond!
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe..
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près! - Tenons fermée
Cette salle ou nous les narguons
Quel bruit dehors! Hideuse armée
De vampires et de dragons!
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée,
Tremble, à déraciner ses gonds.

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure!
L'horrible essaim, poussé par l'aquillon,
Sans doute, o ciel! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon!

Prophète! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs!
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs!

Ils sont passés! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés!

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît.
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor.
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas;
Leur essaim gronde;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord;
C'est la plainte
Presque éteinte
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute: -
Tout fuit,
Tout passe;
L'espace
Efface
Le bruit.

 

18.07.2008

C'est la nuit

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 C'est la nuit
 
C'est l'heure des privilèges,
L'heure du silence appuyé
Qui s'installe en maître comme un grand roi sur son siège.
Vous vous couchez elle se lève.
Elle c'est dans le noir qu'elle voit,
C'est dans l'ombre qu'elle commence à glisser sur les tuiles des toits.

C'est la nuit,
La grande la belle,
Ma complice et ma seule compagne,
Mon Isabelle.
La nuit,
La grande la belle,
Je passe rai ma vie à côté d'elle,
C'est la nuit

C'est l'heure des murmures d'amour en cortège qui défilaient
Passaient de ta bouche à ma bouche
Je voyais l'arbre dans la cour
Et la lune sur tes paupières qui se reflétait
Quand tu dormais
J'écrivais des chansons d'amour
Toutes les émeraudes cachées des hommes je te les donne
Toutes les opales et toutes les perles
Des vagues de bleu qui déferlent
Je peux les faire surgir de terre je peux les prendre aux océans

C'est la nuit,
La grande la belle,
Ma complice et ma seule compagne,
Mon Isabelle.
La nuit,
La grande la belle,
Je passe rai ma vie à côté d'elle,
C'est la nuit.
C'est la nuit,
La grande la belle,
C'est ma Maud et mon chien fidèle,
Ma complice et ma seule compagne,
Mon Isabelle.
C'est la nuit.
 
**
 
 
Je voulais trouver une version de ce morceau de Michel Jonasz à vous faire écouter mais rien sur YouTube ni ailleurs. Tant pis, je sais que vous l'avez dans un coin de votre tête, quelque part, même s'il est bien caché. J'aime ses paroles - vu l'heure à laquelle j'écris ces lignes, rien d'étonnant, je suppose.  Rien d'étonnant, non. Vraiment rien.

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